Henri-Joseph Dulaurens (1719-1793) - L'Ordre de la Fontange

 

 

 

Quelques

Éléments biographiques

concernant Dulaurens

   

ORDONNANCE ET PRIVILÈGE,

DE L’ORDRE DE LA FONTANGE.

 

Ordre pour lequel le jeune Henri-Joseph Laurent écrivit son Discours pour la Beauté... (1743)

 

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Nous Frere Titire, par la grace du Dieu de l’enjouëment, depositaire unique de la liberté, possesseur des tendres jeux, Trésorier des salies, des égaremens, Prieur en quartier de l’Ordre de la Fontange, &c. A tous le beau Sexe, à leurs Graces, Appas & Charmes, Salut.

Notre cher Frere Mirtile, nous aiant pour preuve de son zéle & de son attachement à notre Ordre, fait un discours sur la beauté, que nous avons trouvé Original dans son espece, nous avons permis au Frere Silvandre notre Bibliotequaire de faire Imprimer ladite piéce à son insus, pour ce sujet Mesdames, nous vous ordonnons, mais du haut d’un siége de roses, d’acorder votre suffrage à sa piéce, la proteger à la garantie de vos graces : si quelques critiques osoit y mordre, qu’il encoure [ipso facto] les brillantes censures de la Fontange, tel est notre commune volonté. Donnés à notre Couvent de l’Olimpe Terrestre, dans nôtre grande assemblée, le mois des agrémens, de notre Institut le deuxiéme. Signé, Frere Titire.

 

Plus bas Frere CORIDON,

          Secretaire.

 

 

Marie-Angélique Scoraille de Roussille (1661-1681), fille de bonne famille mais de peu d’esprit, fut placée à la Cour comme demoiselle d’honneur auprès de la reine. Louis XIV, dont la liaison avec la marquise de Montespan tendait au déclin, la remarqua et la fit duchesse de Fontanges après une liaison aussi éphémère et passionnée qu’ostentatoire. Un jour où elle fut réclamée par le roi, pressée de se faire une coiffure, mademoiselle de Fontanges noua à la va-vite un long ruban autour de ses cheveux, se faisant ainsi un chignon osé tout en hauteur. Comme elle était encore la favorite du roi, toutes les dames de la cour adoptèrent ce type de coiffure agrémentée de dentelles, mousselines et tubulures discrètes qui firent « de la tête des femmes la base d'un édifice à plusieurs étages dont l'ordre et la structure changent selon leurs caprices » (1), ajoutant à leur beauté l’aspect altier d’un port de tête rehaussé ( 2). La mode de la fontange dura jusqu'au début du XVIIIe s., bien après la disgrâce et la mort prématurée de notre demoiselle dans l’austère couvent de Port-Royal.

Dulaurens, sous le pseudonyme de Frère Mirtile, écrivit en 1743 un Discours sur la beauté à la demande d'une société clandestine auto-proclamée, composée de jeunes hommes se voulant dévoués à la gloire des dames : l'Ordre de la Fontange était dédié « à tout le beau sexe, à leurs grâces, appas et charmes »(3). Chaque membre, lors d'assemblées prévues tous les quinze jours, devait porter à son col un ruban dit de « Fontange bleuë-céleste, où est écrit en Lettres de feu : l'esprit seul y domine »(4). L'ordre, seulement révélé par le Discours imprimé qu'en laissa Dulaurens (ou l'un de ses proches), ne survécut sans doute pas à la publication de ses desseins dans La vraie origine..., aussitôt condamnée(5). Dulaurens, cependant, en conserva pour idéal l'esprit raffiné, le « goût charmant, l'Art de penser, le sentiment, la belle littérature ; quelquefois l'aimable Délire »(6). On trouvera quelques détails des cérémonies burlesques auxquelles se livraient les jeunes gens de l'Ordre de la Fontange dans l'Eloge historique de Messire Jérôme Pantiniano(7).

 

 

  (1)   La Bruyère, Les Caractères, “De la mode”, XIII, 12 : « L'on blâme une mode qui divisant la taille des hommes en deux parties égales, en prend une tout entière pour le buste, et laisse l'autre pour le reste du corps ; l'on condamne celle qui fait de la tête des femmes la base d'un édifice à plusieurs étages dont l'ordre et la structure change selon leurs caprices, qui éloigne les cheveux du visage, bien qu'ils ne croissent que pour l'accompagner, qui les relève et les hérisse à la manière des bacchantes, et semble avoir pourvu à ce que les femmes changent leur physionomie douce et modeste en une autre qui soit fière et audacieuse »

(2)   « Combien n’a-t-on point vu de belles aux doux yeux,

                      Avant le mariage, anges si gracieux,

                      Tout à coup se changeant en bourgeoises sauvages,

                     Vrais démons, apporter l’enfer dans leurs ménages,

                      Et découvrant l’orgueil de leurs rudes esprits,

                     Sous leur fontange altière asservir leurs maris ? »

                      (Nicolas Boileau-Despreaux, Satires, X)

(3)   “Ordonnance et Privilège de l’Ordre de la Fontange” in La vraie origine du Gean de Douay, En vers François, Suivie d’un Discours sur la Beauté…, Douai, 1743.

(4)   La vraie origine…, op. cit., p. 17.

(5)   cf. Eugène Talliar, Chroniques de Douai depuis la fin du XIIe siècle jusqu’à la Révolution de 1789, tome III. Douai, Imprimerie L. Dechristé, 1877, pp. 190-192 : condamnation de La vraie origine… ; p. 192-196 : l’ordre de la Fontange.

 (6)   La vraie origine…, op. cit., p. 17.

 

 (7)   Voir notre rubrique intitulée “Quelques auteurs autour de Dulaurens”.

 

 

 

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