Henri-Joseph Dulaurens (1719-1793) - Epître d'Imirce

 

Épître dédicatoire extraite de :

 

 

Imirce

ou

la Fille de la Nature

 

( texte daté de 1765 )

 

 

Reproduction d’après l’édition de 1765.

 

► L’orthographe et la ponctuation d’origine ont été respectées. Quelques « [sic] » posés çà et là rappelleront au lecteur notre souci d’éviter les fautes de frappe. Merci de nous pardonner ou de nous signaler celles qui nous auront échappé.

 


[page 1]

 

ÉPÎTRE

DEDICATOIRE

A

ZÉPHIRE.

 

 

Jétais sans chausses, sans habits, sans chémises & sans pain, ma chere Zéphire, quand je composai cet ouvrage. Il y avait à Cleves(1 ) Capitale de la Westphalie un Serrurier Français nommé Jérôme. Il logeait chés son Excellence Madame la Douairiere Fricau(2) femme pleine d’expérience, qui tenait des lits très mal-sains pour les garçons [page 2] Serruriers, Ménuisiers & Cordonniers à cinq liards par tête. Jérôme fut touché de ma misere, il me proposa la moitié de son grabat, s’accomoda avec l’hôtesse pour deux liards de plus, il me procura l’avantage de coucher à ses côtés. Monsieur Jérôme le Serrurier n’était point appétissant ; aux risques de faire beaucoup de tort à mon ame dans l’autre monde & d’être un peu excommunié dans celui-ci, j’aurais préféré la couche délicieuse & les côtés recherchés de Mlle. Hus(3) .

M. Jérôme avait le bonheur d’être dans les bonnes graces de Madame Fricau, elle avait jetté un coup d’œil de sacrement sur ce Monsieur, digne d’une Duchesse ; aussi était-il digne de la vieille veuve, qui en sa considération nous avait donné un coin distingué de son grenier. Je n’avais pas un sol pour avoir de la chandele ; les modiques journées de mon ami ne lui permettaient point de fournir à cette dépense, que faire ? j’imaginai, ma chere Zéphire, ce que tu vas lire.

Mon Hôtesse avoit un gros chat, je fis de la bougie avec le matou. J’arrangeai en consequence une planche sur ma table où par le méchanisme artificiel de deux morceaux de [page 3] bois, je fixai la tête du chat à quatre pouces de mon papier, ses yeux étincelans jettaient une lumiere qui m’éclairait parfaitement.

Le Matou qui n’aimait pas à rendre service, comme les Grands, s’avisa quelques jours après de fermer l’œil. Il fallut encore récourir à ma pauvre imagination. La nécessité est la mere des cinq grosses Fermes, & de l’industrie(4) : je fichai à une petite distance du chat un morceau de bois d’où pendait une ficelle, au bout une bale de plomb & quand le Matou s’avisait de fermer les yeux, je lui coignais la bale contre la phisionomie, ce qui lui fit perdre bientôt la mauvaise habitude de fermer l’œil. Avec un peu d’exercice, je vins à bout de stiler si parfaitement le chat qu’il tenait la tête roide & fiere comme un Echevin de Paris qui va en Procession faire une neuvaine à sainte Genevieve pour avoir de la crote.

Ce fut à la luëur de cette nouvelle bougie, ma chere Zéphire, que je composait l’ouvra-[page 4]ge que j’apporte à tes genoux. Je l’aurais sans doute perfectionné, si mon boulanger n’était venu interrompre mes travaux litteraires. Cet homme éffroyable est un vieux mortel, qui ignore absolument le ton de la bonne compagnie, ses phrases sont d’une tournure qui ne décelle point le génie créateur ; c’est un misérable plagiaire qui copie mot pour mot tous les boulangers de l’univers. Il m’apporte tous les trente jours une feuille périodique, que je lis avec autant d’humeur que l’Année Litteraire. Juge, ma chere Zéphire, du ton de ses ouvrages, par la production ci-jointe.

 

Mémoire

 

Du Pain fait & fourni à M. Modeste Tranquille Xan-xung par Maître Honoré Durpetri, Boulanger à la porte de la Haye à Cleves.

 

                           Du I. Avril 1762.

 

                                                               Liv.   S.   L.

 

Un Pain d’une Livre pâte ferme                   0    2    6

Du  3. un Pain d’une Livre mollet                 0    4

Du  7. deux Pains à Caffé                            0    4

Du 10. un Pain de quatre Livres pâte molle   0    9

Du 15. idem                                                0    9

Du 18. un Pain d’une demi-Livre pâte molle  0    2

Du 20. un Pain de quatre Livres pâte ferme  0    8

Du 25. un Pain de quatre Livres bis blanc     0    6    6

Du 17. un Pain à Caffé                                0    2

Du 30. un Pain de deux Livres                     0    5      

                                                      Total    2    12   0

[page 5]

Qu’il est étonnant, ma chere Zéphire, que les honnètes gens n’aient point de crédit chés les boulangers ! Le premier de Mai M. Durpetri vint me demander de l’argent avec le ton d’un homme qui en voulait : je dois donner, me dit-il, une garniture de blonde à Mde. Durpetri ; dans notre métier, nous sommes comme les procureurs, nous avons de grands travailleurs chés nous, tandis que nous n’y sommes pas, on peut mettre la main à la pâte ; Si je ne donne pas une garniture à Madame Durpetri, mon front sera aussi chaud que notre four ; il ne faut qu’un moment pour cela, & vous voiés que si ma femme manquait de vertu, Je serais accablé d’ennui & couvert de honte, à cause que j’aurais de la vertu tout seul.

Je parlai poliment à M. Durpetri ; je n’injurie point mes créanciers, c’est un talent réservé à la Grandeur. Après beaucoup de raisonnemens qui n’aboutissaient à rien, car je n’avais point d’argent, le boulanger frappé de ma misere & de ma stupidité, me dit : à quoi diable vous amusés vous à noircir du papier ? j’aimerais mieux barbouiller des roues de carrosse : un métier qui ne nourrit pas son homme, ne vaut point le gros son de ma farine ; déchirés votre plume, laissés les hommes, ne songés pas à les corriger, la plûpart ont besoin de rester sots pour se [page 6] croire heureux dans ce monde & dans l’autre.

Cet homme me prenant sans doute pour un Chanoine de Notre Dame, me fit des questions aussi naturelles que celles qu’on pourrait faire aux lâches Soldats du Pape(5). Mr. me dit il un peu rudement, pourriés vous par hasard remueë le bras ? Oui assûrément, lui dis-je ! bon, bon, pourriés vous aussi lever le pied à une certaine hauteur ? oui je trouve cela encore possible. Eh bien.... allons, levés le bras ! haussés le pied ! je fis l’un & l’autre ; les ames honnêtes ont de la complaisance pour leurs créanciers.

Non content de ces questions, M. Durpetri me fit recommencer & répéter cinq à six fois cet exercice : alors il prit un manche à balai, me fit exécuter toutes les figures d’un homme qui béche la terre. Satisfait de mes progrès, il me dit : Bravo, suivés moi & je vous donnerai quittance.

Mon Boulanger me conduisit dans son jardin & me montrant la terre, il me dit : voici une bonne mere, elle nourrit tous ses enfans ; caressés-la avec une béche en remuant simplement vos bras, comme vous avés fait avec le manche du balai ; le pain ne vous manque-[page 7]ra jamais, & de la vie vous ne devrés rien aux boulangers.

Je travaillai huit jours dans le jardin de M. Durpetri, le Samedi il me rendit le mémoire quittancé, & me crachant tout le latin qu’il avait rétenu, il me dit : Disce puer virtutem, ex me, verumque laborem.

Cette semaine occupée si utilement, me donna du goût pour le travail. J’admirais la Nature qui avait pourvu si abondamment aux besoins des hommes en leur fournissant des bras : frappé de cette attention, je me prosternai à terre & je m’écriai : ô Providence féconde, que tu aimes les mortels ! comment, je n’ai qu’à remuër les bras & rien ne manquera désormais à ma félicité ; je travaillai encore quelques jours chés le boulanger, le hasard me procura la connaissance d’une Dame française, qui m’offrit vingt arpents d’une terre inculte & une chaumiere délabrée ; je courus habiter cette paisible retraite & j’y trouvai ma subsistance. Un libraire d’Amsterdam, qui n’était point de ces durs libraires Hollandais m’envoïa quelque argent pour acheter deux vaches, qui fournirent abondament à mes besoins. Enchanté de mon nouvel état, jaloux de te faire part de mon bonheur, je t’écrivis ma chere Zéphire : ô doux objet ! que l’univers connaisse ton cœur, il sera toujours plus cher à mon ame que ta beauté éclatante. [page 8]

Te souvient-il, Zéphire, du moment fortuné où nos cœurs s’entr’ouvrirent ? une tante avare & détestable t’appela du fond de la Province à Paris ; son infâme avarice te sacrifia dès l’âge de quinze ans à l’inepte passion d’un riche Publicain, ce fermier t’accabla de richesses, de biens & de ses feux impudens : ton cœur qui n’avait connu que l’innocence, gémissait dans ses bras coupables ; nous nous trouvâmes par hasard à Versailles, tes yeux rencontrent les miens, une forte simpathie lia nos ames, l’heure d’aimer te rendit sensible, tu me donnas ton cœur, tu reçus le mien ; dans les momens délectables que je passais avec toi, je te parlais sans cesse des délices de la vie tranquille ; j’osai te la peindre au milieu du faste & des richesses de tes appartemens. Ces images délicieuses pouvaient elles s’imprimer dans ton ame ? oui, tu m’aimais, ton goût était le mien, & tes désirs longtems avant hâtaient l’instant de jouir de ce sort enchanteur.

Je quittai Paris, où le fanatisme me poursuivait ; je restai quelque tems chés un peuple dur, indigne des caresses de la Nature, aussi leur a t elle réfusé ses bienfaits ; des hommes d’or & de boue, qui ne connaissent d’autres gentillesses que l’intérêt, peuvent-ils lui appartenir ? je quittai ce païs barbare ; je vins me fixer sur ces bords isolés, où vingt arpens [page 9] de terre, une chaumiere obscure, une béche, un ruisseau, font tout mon bien : je t’écrivis, ô fille aimable ! de venir embellir ce séjour, tu n’y trouveras d’autre trésor que mon cœur, je ne possederai d’autres richesses que le tien ; tu baises ma lettre & tu t’arraches à l’instant des bras du Publicain, tu oublies la vie voluptueuse & inutile de la capitale, tu voles dans ce coin heureux de la terre où tu dois trouver ton amant & le bonheur.

À cent pas de ma chaumiere tu m’aperçois couvert d’une grosse étoffe, une béche à la main, cultivant un champ encore ingrat. Je songeais à toi dans ce moment, je comptais les minutes qui devaient précéder ta lettre ; c’était le lendemain que je devais la recevoir & tu étais déja arrivée ; tu sors subitement de ta voiture & malgré la richesse de tes habits, tu te précipites dans mes bras, tu répands des larmes, ce sont celles de ton cœur, mes levres reconnaissantes les recueillent sur tes belles joues, je te serre tendrement : c’est Zéphire & la félicité que je fixais pour toujours dans mes bras.

Tu entres avec joie dans ma cabane obscure, sa pauvreté ne réfroidit pas tes transports, tu ne cherchais que mon cœur. La simplicité qui te frappe sous ce toit rustique est celle d’une ame qui est à toi : tu vois ma garderobe étalée sur un bâton, une méchan-[page 10]te paire de souliers, des chausses délabrées, deux chemises, une vieille perruque, qui dans ses jours naissans n’a jamais bien été qu’à l’air de mes souliers, quelques livres, une plume mal taillée, des bribbes de papier ; voila les richesses de ton amant, mais il a ton cœur.

Nous soupons, ô Dieux ! c’est avec Zéphire que je soupe, nous élevons nos mains pures au ciel, il nous écoute toujours, puisqu’il nous a réunis ; du pain, des fruits, voilà les nôces que ton amant t’apprête ; je t’embrasse, nous nous promettons une tendresse éternelle. Le Dieu de la Nature benit nos saints nœuds. Je te conduis vers une couche que la candeur habitera désormais avec toi ; deux pieds de bois la soutiennent, un sac rempli de feuilles seches est le trône tranquille de nos plaisirs, ta tête répose sur mon sein, tandis que, dans un songe enchanteur je cueille les lis & les roses que l’Amour a répandu si abondamment sur tes appas.

L’Aurore paraît, elle t’éveille, tu souris de te rétrouver dans mes bras, un songe t’en avait assurée ; ton cœur pour la premiere fois est enchanté que tes songes ne soient plus trompeurs : tu te leves, je vais te montrer nos richesses, ce sont deux vaches que je remets à tes soins. Nous partons pour la ville voisine, tu vends tes habits précieux, tu troques les autres contre des vêtemens simples. [page 11] La magnificence des premiers cachait tes appas, les derniers te les rendent ; as tu besoin d’autre parure que tes charmes ? je cultive pour toi d’innocentes fleurs, les vents favorables de Paphos verseront sur leurs calices le baume & l’encens qu’on offre au Dieu qui nous enflamme ; que ces bouquets sentiront bon ! ils auront l’odeur délectable de ton cœur ; douces fleurs ! baume de la Nature ! que vous serés heureuses ! vous ornéres [sic] le sein délicieux de Zéphire ; ma main vous arrangera autour de son corset ; semblables à la robe légere du printems, les Zéphirs vous agiteront, mais son beau sein ne s’agitera que pour moi.

Tu es déja accoutumée dans ma chaumiere, tu n’as plus de désirs ; nous nous possédons ; échapée des bras d’un sultan orgueilleux, tu ne gémis plus sur les coussins d’or de la richesse, tes doigts, qui n’avoient touché que des roses, ne sont point étonnés de presser les flancs d’une vache pour en extraire le lait ; j’en goûterai, cet espoir a deja payé tes peines.

Tandis que je suis à défricher mon champ, tu prépares notre nourriture, à neuf heures tu accours, tu souris, tu vas me revoir. Dans une corbeille de jonc que nos mains ont formée, tu m’apportes du pain & des fruits, tu viens me les offrir comme la récompense de [page 12] mon amour & de mon travail... assis sous l’ombre du même hêtre, nous mangeons ce pain ensemble, qu’il est savoureux ! c’est Zéphire qui l’a fait & Zéphire est à mon côté.

Tu retournes à la maison, en regardant à chaque instant derriere toi, tu marches avec lenteur, jusqu’à ce que tu m’ais perdu de vue. Le corps nonchalament appuïé sur ma béche mes yeux suivent tes pas, je te vois encore, je te perds, je te revois, une colline plus haute te montre encore à mes yeux & te dérobe enfin à mes regards ; à midi je reverrai Zéphire : cet espoir ranime mes forces, je reprens mon travail.

Sans le secours de ces magnifiques babioles qui enrichissent Julien le Roi(6), je t’appris à connaitre le cours d’un Astre que tu redoutais à Paris. Dans le court espace du tems qui s’envole, nous n’avons que deux instans qui nous intéressent, le midi & le soir ; momens désirés qui doivent me ramener dans tes bras ; je t’ai montré que le soleil paraissait à midi sur le seuil de la porte de notre chaumiere ; que le soir ses rayons courbés annonçaient le retour de la nuit, mon travail est l’aiguille d’un cadran qui trace sur mes sillons le tems où je vais te revoir ; j’avance, je découvre notre demeure & je t’ai déja vue, [page 13] j’arrive, tes bras sont ouverts, Zéphire, que nous sommes heureux !

Sur un simple tréteau tu as posé la soupe que tes mains appétissantes ont apprêtée, nous bénissons le ciel de notre riche médiocrité & de notre amour, le plus grand de ses bienfaits ; tes charmes assaisonnent les mets que tu me présentes ; c’est pour nous aimer davantage que nous prénons cette salutaire nourriture. Le soleil est arrivé au pied du tréteau, c’est le moment qui me rappelle au travail. Je pars, je suis triste, mes derniers regards restent sur toi, je ne puis prononcer qu’à ce soir.

Le Soleil change chaque jour le moment de son coucher, ton impatience compte les minuttes, tu te trompes toujours, c’est pour me rejoindre plus tôt. Je crois voir ses derniers rayons te ramener à mon champ. De loin J’ai déja vu une ombre descendre de la colline, je suis ému, je veux m’appuïer sur ma béche, pour mieux fixer l’objet, m’assurer si c’est toi : tu aproches, je te reconnais, ma béche tombe, mon travail est fini, mes bras fatigués s’ouvrent encore ; mais c’est pour les délasser en les entrelaçant dans les tiens. Je reviens avec toi, nous marchons lentement, pourquoi cette lenteur Zéphire ? ne souperons nous point ensemble ? ne serai-je point toujours avec toi ? [page 14]

Un repas frugal est bientôt pris, nous allons dans le bois, tu chantes, Philomelle qui connait ta voix, te répond déja, il t’attendait, il sait l’heure où tu viens chanter ; rival tendre il t’accompagne non pour embellir la douceur de ta voix, mais pour l’ajouter à la sienne ; tu l’as vaincu, il est glorieux ; tes chants mélodieux ont enyvré mon ame, le feu de tes accords a remué ma veine, je compose une chanson aussi gaie que ton cœur ; l’écho la répete, & les bois rétentissent de mes vers & de nos feux.

Que tu m’intéresses, Zéphire... tu gémis... je tremble... Dieux quelle pâleur se répand sur ton teint ! la mort... va-t-elle m’ôter la vie avec tes jours... la douleur t’arrache des cris, que la douceur de tes humides regards veulent rendre moins sensibles à mon cœur... ciel ! je vais perdre Zéphire.... ô Dieu de la Nature ne l’as-tu faite si belle & si constante que pour la montrer un instant à ma flamme... ô jour heureux ! quelle joie ineffable enchante mon ame ! tu viens de mettre au monde un tendre fruit de nos amours, c’est ton image, j’y reconnais ces traits que ta beauté a gravés dans mon cœur, je l’embrasse mille fois cette chere fille, c’est Zéphire multipliée... comment tu n’es plus seule dans mon cœur, tu te plais de voir mon ame partagée, tu t’applaudis de ces nou-[page 15]veaux sentimens ? Zéphire à ta joie je reconnais une épouse, à tes soins je reconnais une mere.

Voila chere Zéphire l’histoire de nos cœurs ; que la simplicité & l’ardeur de nos jours séreins passent comme les plus longues journées de l’été, pour revenir encore ! puissions nous les voir ainsi pendant soixante automnes ; après cet âge finir au premier printems, comme Philemon & Baucis !

ô Bonheur ! ô félicité que j’ai cherchée si longtems, je ne vous dois pas à Jean Jacques, au sage Adison, au fol de Paschal, ni au frere Croiset de la Compagnie de Jésus ; c’est à toi seul que je la dois, brutal Durpetri, dont la voix baroque & barbare a servi d’organe à la Nature. O mon Boulanger ! ô mes bras que je vous ai d’obligation ! ô intelligence dans la quelle [sic] je cherchais mon bonheur, que m’avais tu inspiré ? quel bien-être pouvais-tu m’offrir dans l’arrangement bizarre de quelques rimes stériles & ingrates ? l’exil, l’emprisonnement & la haine des sots ont couronné mes premiers vers.

Chenilles de Versailles, Vers-Luisans de Paris, Gros Limaçons de province, aurés vous le génie de jalouser mon bonheur ? Vos cœurs, agités par l’intérêt ou la faveur, le cherchent envain dans ces palais somptueux, dans ces spectacles puériles [sic] & dans ces cotteries [page 16] plattes & tumultueuses : remués vos bras, reflués dans les campagnes ; c’est dans le cœur de ces hommes rustiques que vous trouverés le bonheur, raprochés vous de la Nature, répondés à ses vœux, remués vos bras & vous verrés naître aussitôt le jour de la félicité.

ô Chere Zéphire, c’est à tes pieds que j’apporte cet ouvrage : je le consacre à tes charmes & le nom de Zéphire sera pour lui comme l’éclat naissant d’un beau matin qui annonce une belle journée.

 

     Je suis,

 

               Chere Zéphire,

 

   Erdelthal,

près de Berlin,                              Ton Ami

  ce I. May

     1765.

                              Modeste Tranquile Xang-xung.

 

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(1)   Méchante Ville très mal propre ; mais ornée des plus magnifiques déhors.

 

(2)   Madame Fricau était une place qui ne tenait pas longtems l’ennemi. Elle était veuve d’un Trompette, d’un Fifre, d’un Tambour, d’un Chaudronnier & en cinquiemes nôces de Jean Triboulé, Sonneur de la Paroisse de Cleves.

 

(3)   La plus jolie Vierge du théatre Français ; mais la plus médiocre actrice après la détestable Madame le Kain.

 

(4)   Droit singulier, imaginé exprès pour décourager les Artistes qui font à Paris avec quelques onces d’or, un Commerce de tabatieres, d’éventails, de modes & de colifichets, plus considérable & plus certain que celui de nos Colonies. Pourquoi engourdir les bras ? taxer les talens ? Dîmer sur l’habileté & rogner les ailes de l’imagination & de l’industrie ?

 

(5)   J’entends les Militaires à la Solde de Rome.

 

(6)   Fameux Horloger.

 

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[Texte original daté de 1765, d’après Frantext.]

 

Selon l’édition :    IMIRCE, / ou / LA FILLE / de la / NATURE. / ..... Ut nec pes nec caput uni / Reddatur formæ... Hor. Art. Poët. / [vignette : buste frisé] / A BERLIN / Chez l’Imprimeur du Philosophe / de Sans-Souci. / [double filet] / M DCC. LXV.

 

Publication            A Berlin, chez l’Imprimeur du Philosophe de Sans-Souci, 1765.

Description           In-12, [4-] 378 [1-1 bl.] p. Sans pseudo ni illustration.

Contenu :               - Table des Articles contenus dans cet Ouvrage

                                - Épître dédicatoire à Zéphire

                                - Mon Education & celle de ma cousine Sophie ; Préface

                                - Imirce, ou la Fille de la Nature

                                - Histoire de Babet

                                - Histoire de Lucrece

                                - La Momie de mon Grand-Pere

                                - Histoire du merveilleux Dressant, Bonze de La Mecque

                                - Fin tragique d’Ephigenie & du merveilleux Dressant.

 

Deux exemplaires (+mf) de cette édition figure à la Bnf

( Cotes : Y2-9819 et MICROFICHE M-8609, Tolbiac / Rez-de-jardin / Magasin ;

9890, Tolbiac / Haut de jardin / communication en banque de salle )

 

 

L’histoire d’Imirce numérisée (uniquement Imirce sans les nouvelles attenantes, éd. 1881)

est disponible en ligne au département Gallica de la Bnf :

http ://gallica.bnf.fr/

 

 

 

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