Henri-Joseph Dulaurens (1719-1793) - Epître de La Vraie Origine

 

Introduction extraite du :

 

 

Discours sur la Beauté

in

La Vraie origine du géan de Douay,

en vers françois,

suivie d’un

Discours sur la beauté,

où l’on fait mention des belles de cette ville

 

( texte daté de 1743 )

 

 

Reproduction d’après l’édition de 1743.

 

► L’orthographe et la ponctuation d’origine ont été respectées. Quelques « [sic] » posés çà et là rappelleront au lecteur notre souci d’éviter les fautes de frappe. Merci de nous pardonner ou de nous signaler celles qui nous auront échappé.

 


[page 17]

 

LA BEAUTE’

–––––––––––––––––––––––––

DISCOURS.

 

Qu’entreprens-je ! Messieurs, & quel est mon dessein ! fait, pour chanter la gloire du Très-Haut, dans un état, pour annoncer sa grandeur & célébrer sa magnificence, qu’elle contracte : que je vienne aujourd’hui trahissant mon ministere, vous chanter ce qu’on m’oblige de garder sous silence & ce qui doit cependant attirer vos regards, mouvoir vos soupirs, toucher vos goûts, sur:prendre [“:sic] vos sentimens, remplir & fixer vos cœurs : n’est pas à des déitées frivoles ? Prostituer mon encens, autoriser le crime, flâter le libertinage. Génie ! don fatal, ne m’est-tu donné que pour m’égarer. N’ai-je des ailes, que pour m’abîmer imprudemment comme un autre Fils de Dédale. Non ! non ! Messieurs, je me trouble sans cause, je [page 18] m’afflige sans sujet, notre bienfaisante Religion, ne défend pas le sentiment, elle me force au contraire d’annoncer les merveilles de son Maître, & par ces divins Ouvrages, m’élevant jusqu’à lui, me perdre dans le sein de son immensité : ainsi, rien de contraire à mon état ; si je fais passer ma voix, des antres obscures du Cloître, de ces tours isolés ou le bon sens est à la gêne, la raison ensevelie, l’air du sentiment captif ; pour vous chanter la Beauté, voilà mon but, & ce que vous attendez de moi. L’Apologie de la Beauté, les hommages que vous lui devez.

C’est sur ces deux idées, que je vai vous parler de son utilité, desa [sic] puissance & de mil autres avantages, que je ne tracerai que superficielement, par l’impossibilité d’aprofondir une si vaste & si belle matiere ; qui depuis la naissance du monde, jusqu’à la fin, a toujours donné & donnera, de quoi fournir aux plûmes les plus délicates, aux bouches les plus éloquentes ; matiere, en quelque façon stérile, par sa prodigieuse fertilité, ou l’embaras du choix y fait le même effet, que la difficulté de l’invention dans les sujets moins abondants. Ne contés point cependant, Messieurs, de trouver ici, de ces mots pompeux, qui n’ont jamais fait qu’un sublime galimatias, de ces Antousiasmes Pedantesques, qui n’ont fait qu’effraier l’esprit : de ces Metaphores outrés, de ces Epitêtes bizarés, de ces sentimens farouches, qui n’ont fait que revolter notre raison : c’est l’unique beau, le naturel que je recherche, sans ordre, sans regle, tout ce qui frapera le premier mon imagination, sera le premier placé. Toi ! charmant Gresset, [a ] Poëte des graces, Peintre de la raison, seul Auteur de l’aimable & du beau ; soit ici, le Dieu qui m’inspire ; prête-moi ces tendres accords, ces douces fleurs, ce legere coloris [sic], qui ne surchargent ni offusquent jamais un Tableau. Né avec tes sentimens, il ne me manque que l’Art heureux de le coucher, ouï ? J’hais comme toi, le sombre Pedan-[page 19]tisme la misterieuse gravité, l’insipide simetrie ; j’aime & j’idolâtre comme toi ma Patrie, tous ce qui porte air de science ; éclatante Beauté, docte Peinture, sage Architecture, brillante Harmonie, tout me charme, tout m’enchante ; que n’ai-je encore un coup ton Pinceau délicat ; & l’Art de tout cacher sous l’air de la nature : mais pourquoi me plaindre injustement de mon peu de délicatesse, dès que j’en ai assés, pour sentir la vraie beauté de tes ouvrages. Que vois-je ? Messieurs, cet aimable Auteur, quitte les rives charmantes de C ; où mille belles cherchent à l’égarer tendrement, pour venir m’inspirer : déjà son feu m’anime, faite silence ! s’il vous plait, & je commence mon discours.

 

 

[a] Auteur du Vert-Vert & de plusieurs autres Piéces, Auteur charmant, que la beauté a rendu Poëte, qui connoit seul la grace de la chanter, sur le Hautbois & la Musette.

 

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[Texte original daté de 1743, d’après J. Fouilleron.]

 

Selon l’édition :    La Vraie origine / DU GEAN DE DOUAY, / en vers franC˛ois. / Suivie d’un Discours sur la Beau- / té, où l’on fait mention des Bel- / les de cette Ville. / PAR MONSIEUR..........

 

Publication            S.l. s.n. [1743, Douai, imp. Jean-François Leclercq]

Description           In-8°, 55 p.

Contenu                 - Avis de l'éditeur

                                - L'origine du gean de Douay

                                - Présentation du Discours

                                - Introduction au Discours sur la Beauté

                                - Discours sur la Beauté: - Première partie, - Seconde partie

                                - Ordonnance et Privilège de l'Ordre de la Fontange

 

Note                       Date et imprimeur selon J. Fouilleron, article « Un Douaisien du XVIIIe siècle, Henri-Joseph Laurent (1719-1797) », Revue des Amis de Douai, n°2, Douai, avril-mai-Juin 1962.

 

 

Un exemplaire de cette édition figure à la Bnf

( Cote : RES-Y2-3618, Tolbiac - Rez-de-jardin – Magasin. Non-reproductible )

 

Un exemplaire de cette édition figure aux Archives Départementales du Nord (Lille)

( Cote : Fonds d’archives du parlement de Douai : 8 B 26195. Reproductible )

 

 

 

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