Henri-Joseph Dulaurens (1719-1793) - Préface des Jésuitiques

 

Préface et Première Jésuitique extraites de l’ouvrage :

 

 

Les Jésuitiques,

Enrichies de notes curieuses,

Pour servir à l’intelligence de cet Ouvrage.

 

par l’abbé H.-J. Dulaurens

(1761)

 

 

Préface et première Jésuitique reproduites d’après une édition de 1761.

 

► L’orthographe et la ponctuation d’origine ont été respectées. Quelques « [sic] » posés çà et là rappelleront au lecteur notre souci d’éviter les fautes de frappe. Merci de nous pardonner ou de nous signaler celles qui nous auront échappé.

 


 

 

PREFACE

 

PREMIÈRE  JÉSUITIQUE

 

 


[page 3]

 

PREFACE

 

 

Le coloris des Philippiques nous a paru propre à faire la peinture des hommes cruels, que le Parlement vient de flétrir. Nous n’osons toutefois nous flatter des talens dont La Grange abusa pour noircir la mémoire d’un Prince auguste, le plus beau génie de son siécle. Nous savons qu’il ne faut que des couleurs grossieres pour peindre des Crapauds, des Lésards, & Jean-Blaise-Catherine Fréron* de Quimper-corentin. Nous avons suivi dans cette Piéce l’Histoire de cette Société. L’Etat ne peut nous faire un crime de peindre des hommes contraires à sa constitution, & qui ont si souvent troublé son repos. Un Ordre diffamé par la Justice ne peut décemment se plaindre. [page 4] L’Abbé de La Coste attaché à son poteau, n’avait aucun droit de se récrier sur les gentillesses que les passans lui distribuaient. Tout ce qui nous embarasse sur cette production, c’est de savoir, avec Candide, ce qu’en dira le Journal de Trevoux.

 

* Ce sont les noms de Baptême du Corsaire qui fait l’Année Littéraire ; il fut jadis de la Compagnie de Jésus.

 

 

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[page 5]

 

 

LES

JESUITIQUES.

––––––––––––––––––––––

PREMIERE  JESUITIQUE.

 

Quanquam animus meminisse horret luctuque refugit.

Incipiam....  Virg. En. 2.

 

ODE.

 

Quel être éclairé vous inspire,

Protecteurs de la vérité ?

Enfin donc votre main déchire

Le bandeau de l’iniquité. (a)

 

(a) Le 2 Août 1761, a paru une Déclaration du Roi, qui ordonne que dans six mois, pour tout délai, les Supérieurs de chaque Maison de la Société de Jesus, seront tenus de remettre au Greffe du Conseil les Titres de leur établissement en France, & qui ordonne que pendant un an, à compter du jour de l’enregistrement, il ne pourra rien être statué définitivement ni provisoirement sur l’institut, coûtume, & établissement de ladite Société.

Du 6 Août, Arrête de la Cour, qui ordonne que les Jésuites remettront dans trois jours au Greffe de la

 

[page 6]

 

Enfin un Conseil redoutable

Contre une Secte détestable

Pour nous se déclare aujourd’hui ;

Qu’importe qu’on la préconise,

 

Cour un exemplaire imprimé des constitutions de leur Société, notamment de l’édition de Prague en 1557, & qui condamne lesdites constitutions comme attentatoires à l’autorité de l’Eglise, à celles des Conciles généraux & particuliers, à celle du Saint-Siége, & de tous les Supérieurs Ecclésiastiques, & à celle des Souverains, & pour autres causes plus amplement énoncées audit Arrêt.

Autre du même jour, qui, vérification faite des Ouvrages de ladite Société, en condamne trente-trois à être lacérés & brûlés par la main du bourreau, & qui en outre fait défense, I. de recevoir des Novices, même étrangers. 2. De continuer les leçons publiques, à compter du premier Octobre prochain pour les Colléges de Paris, & du ressort de la Cour, & du premier Avril 1761 pour les Colleges situés hors du ressort de la Cour. 3. Défense aux Sujets de Sa Majesté de fréquenter lesdits Jésuites après l’expiration dudit délai. 4. Qui ordonne aux parens, tuteurs, curateurs, &c. de retirer leurs enfans desdites Maisons dans lesdits tems, comme bons & fidéles sujets du Roi, zélés pour sa conservation. 5. Défense auxdits parens, &c. d’envoyer les étudians dans aucune des écoles de la Société hors du ressort de la Cour & du Royaume, sous peine d’être réputés fauteurs de leur Doctrine impie, sacrilége, homicide, attentatoire à l’autorité & sûreté de la personne des Rois, & comme tels poursuivis, suivant la rigueur des Ordonnances. 6. Qui déclare les Etudians, dans lesdits College, incapables de prendre ni recevoir aucuns degrés dans les Universités, & de posséder aucune Charge civile & municipale, offices & fonctions publiques. 7. Défense à tout Sujet de s’initier dans ladite Société, sous les peines portées en l’Arrêt. 8. Défense de s’assembler & d’avoir aucune communication avec lesdits Jésuites, sous les peines qu’il appartiendra.

 

[page 7]

 

Ou qu’un Parti la favorise,

Le Parlement est notre appui.

 

 

Themis pour l’honneur de la France

Brave ces monstres indomptés,

Et fait éclater sa vengeance

Contre des Titans révoltés.

Il faut que ton courroux sévére (b)

Réprime leur audace altiére ;

Mais c’est trop peu de les punir,

Il faut, au moment qu’il s’échappe,

Que le même coup qui les frappe

Puisse encore les anéantir.

 

 

Je vois l’appareil formidable

Qui va dévoiler à jamais

L’enchaînement inexpliquable [sic]

De leurs ambitieux forfaits. (c)

Près du Trône de la Prudence

Je vois le glaive & la balance,

Je vois ces monstres confondus ;

Malgré la saveur & l’intrigue,

 

(b) Le premier avis qui fut ouvert dans la Seance du Parlement, fut de chasser lesdits Jésuites du Royaume, & de les obliger à vuider les lieux sous trois jours.

 

(c) Voyez l’Arrêt ci-dessus.

 

[page 8]

 

Thémis pese aux yeux de la brigue

Leurs crimes au poids des vertus.

 

 

Tremblez, mortels vains & perfide,

De Dieu les décrets éternels

Dévoilent vos cœur homicides

Aux yeux du reste des mortels.

Oui, la divine Providence

N’avait suspendu sa vengeance

Que sous l’espoir du repentir ;

Pour flétrir votre orgueil extrême,

Dieu doit de la bon té suprême

Effacer jusqu’au souvenir.

 

 

O race perverse & maudite !

Notre faible crédulité

Couvrait votre zele hipocrite

Du manteau de la piété.

Les trahisons & les parjures

Allaitent vos ames impures ;

Le crime en son rapide essor

Part de vos bouches empestées,

Et dans vos mains ensanglantées,

Le poignard sanglant fume encor.

 

 

[page 9]

 

Guignard, de son affreux sistême, (d)

Recueille les sinistres fruits ;

Un monstre, né dans Angoulême,

Frappe le plus grand des Henris.

Mariana dans son histoire, (e)

Met sur le trône de la gloire

Ces téméraires Assasins [sic],

Et sa dangéreuse éloquence

Veut prouver que Clément en France

Mérita les honneurs divins.

 

 

Dans la chaire de l’injustice,

J’entens leurs infâmes Docteurs,

Leurs Ouvrages, source du vice,

Complettent leurs sombres horreurs.

Au sceptre enlevant la puissance

 

(d) Guignard, Jésuite, auteur d’un Ouvrage qui dispensait les Sujets de l’obeissance envers les Souverains, fut pendu pour raison de ce, & pour avoir trempé dans la conspiration de Ravaillac. On a fait à ce sujet le quatrain suivant, placé au dessous de son portrait :

 

Il fut pendu ce Bienheureux Jésuite,

Et dans le ciel où brille son mérite

Entre Clément, Ravaillac, & Bondis ;

Ne fait-il pas l’honneur du Paradis ?

 

Bondis était un Auteur Jésuite, en tout semblable à ses Confreres.

 

(e) Mariana, Jésuite, dans son Livre exécrable, appelle Jacque Clément æternum Galliæ decus, l’éternel honneur de la France : quelle abomination !

 

[page 10]

 

De la plus juste obéissance

Ils ont brisé le tendre vœu :

Que coûte-t-il à ces coupables,

S’ils ont dans leurs erreurs blâmables,

Dispensé l’homme d’aimer Dieu ?

 

 

D’une si fatale Doctrine,

Quels seront les tristes effets ?

On y puisera l’origine

des plus exécrables forfaits.

De cette Ecole meurtriere

Une cohorte sanguinaire

Sortira le fer à la main,

Et déploïant avec licence

L’étendart de l’indépendance

Infestera le genre humain.

 

 

Tels sortis d’une pépiniere,

On voit de jeunes arbrisseaux

Couvrir toute la terre entiere

Sous l’épaisseur de leurs rameaux :

Ou telle à l’ombre du mistére

Sortit une troupe guerriére

Qu’un cheval fameux recéla ;

Tels, comme l’airain de son moule,

 

[page 11]

 

On verra les crimes en foule

Sortir des flancs de Loïola. (f)

 

 

O vous tous à qui la nature

Doit inspirer des sentimens,

Vous dont une ame noble & pure

Doit diriger les mouvemens,

Pourriez-vous voir d’un œil de glace

Le danger pressant qui menace

Les fruits de vos chastes amours ?

Ah ! puisqu’il en est tems encore,

Ecartez même avant l’aurore

Ce qui ternirait leurs beaux jours.

 

 

Mais de cette Ecole assassine

Ne craignons plus l’iniquité ;

Le mal coupé dans sa racine,

Nous rend notre sécurité.

 

(f) Ignace Loïola, Fondateur des Jésuites. Sur la porte de l’Eglise des Jésuites de Dol en Franche-Comté, on voit la figure d’Ignace, avec cette inscription : Successori sancti Thomæ, au successeur de S. Thomas. Les Francs-Comtois disent franchement que S. Ignace n’accepta cette commission que par bénéfice d’inventaire.

 

[page 12]

 

Thémis par un Arrêt notable

A de cet Hidre insurmontable

Enchaîné la férocité ;

Et malgré sa vengeance ardente,

Sa fureur, sa rage impuissante

Gémira dans l’obscurité.

 

 

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[Texte d’origine daté de 1761, d’après Barbier.]

 

Selon l’édition :    LES / JESUITIQUES, / ENRICHIES / DE NOTES CURIEUSES, / Pour servir à l’intelligence de cet Ouvrage. / [double filet] / Tros Rutulusve fuat, nullo discrimine habebo. Virg. / [double filet] / [fleuron : branches en écusson] /

                                A ROME. / AUX DEPENS DU GENERAL. / [double filet] / M. DCC. LXI.

 

Publication            A Rome, 1761.

Description           In 8°, [page titre] + [bl.] + 34 p. (pour le texte) + [bl.]

Note                       Il existe plusieurs éditions de ce texte en 1761

 

 

Un exemplaire de notre édition figure à la Bibliothèque Municipale d’Amiens

( Cote : BL 1611 A, Belles-lettres )

 

 

 

 

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