La
vraie origine du Gean de Douay,
par
l’abbé H.-J. Dulaurens
(1743)
Reproduction
d’après l’édition de 1743.
►
L’écriture de ce texte de jeunesse peut surprendre par ses nombreuses maladresses.
L’intérêt est ici plus historique que littéraire : il s’agit du premier
texte (re)connu de Dulaurens, texte à l’origine de sa première condamnation
publique. Nous avons respecté l’orthographe, parfois surprenante, et la ponctuation
d’origine. Quelques « [sic] »
posés çà et là rappelleront au lecteur notre souci d’éviter les fautes de
frappe. On nous pardonnera aisément celles qui nous auront échappé.
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AVIS
DE L’EDITEUR.
On
a donné en 1741,
une Origine du Géan de Douay, qu’on peut dire dépourvue de toute
vraie-semblance. Sans vouloir démontrer la ridiculité de cette
fausse Origine ; je dirai, que celle qu’on donne aujourd’hui
au Public, paroît la plus réelle. Le goût que le jeune Auteur a
pour l’aimable Poësie, lui a fait mettre en Vers : c’est à
la vérité, le travail d’une matinée, un de ces Ouvrages infanté
par un tendre loisir ; c’est pourquoi l’on se flatte qu’il
ne sera point scrupuleusement examiné. On a joint à cette Piéce un
Discours sur la Beauté, de la même main. Où l’on voit une
imagination vive & un heureux génie, que l’âge perfectionnera.
L’Auteur sera surpris de se voir imprimé : car il n’avoit
fait cette Piéce que pour expirer entre les mains de deux ou trois
amis : mais qu’il se souvienne, que l’amitié est toujours la
premiere à nous trahir en ces sortes d’occasions, parce qu’elle s’en
croit autorisée. Qu’il ne s’afflige pas, le beau Sexe se
déclarera infailliblement Protecteur de sa Piéce, & assuré d’un
Suffrage si charmant, il n’a rien à apprehender de la part de ces
Bigots Critiques accariatres, qui sont, comme dit le Poëte GRESSET.
Peuple
sans goût, gens qu’un faux zéle inspire, De
nos chansons critiques ténébreux, Censeurs de tous, exemts de rien produire.
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L’ORIGINE
DU GEAN DE DOUAY.
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(page
3)
L’ORIGINE DU GEAN DE DOUAY. _____________________________________
A MONSIEUR L’ABE’ ****
Abé, favoris du pernesse, Toi !
dont les entretiens charmans Adoucissoient
les sentimens De
ma l’étargique tristesse : Pourquoi ?
N’est-tu plus près de moi, Ou
pourquoi suis-je loin de toi. Sans
t’accuser, Abé que j’aime De
ce facheux éloignement, Je
ne devrois assurément N’en
vouloir ici qu’à moi-même. Né,
pour l’aimable liberté, Jamais,
la triste dépendance, Sous
couleur de felicité N’auroit
fixé mon inconstance ; Si
j’avois connu tout le prix, Et
prêté l’oreille aux avis De
ta savante experience. Mais
peu certain de mon panchant, Trop jeune pour être prudent,
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(4)
Trop
aveuglé pour me connoître, Conduit,
jusqu’au dernier moment, Moins
par raisons, que sentimens ; Etoit-il
en moi d’être maître D’en
décider tout autrement. Captif
enfin, loin de tes yeux, Sçais-tu
encor que je respire, Et
que sous de farouches Cieux Moitié
gai, moitié malheureux, Mon
Apollon sçait encor rire, Et
sçait encor à des doux jeux Accordez
les sons de sa lire. Pour
te tracer en peu de mots ; Le
Tableau de mon Hermitage, Je
suis chez un Peuple dévot Non
loin du Belgique Rivage : Là
dans un Bois triste & affreux, Parmi
dix Moines vénérables Dont
les faces indéclinables, N’ont
qu’un aspect très-douloureux, C’est
dans ce Canton solitaire ; Loin
de tout Fardeau populaire, Que
je goute mes sentimens ; Et
dans ma sombre solitude, Je
me fais amis une étude D’en
polir les égaremens. Là
toujours pleins de tes maximes, Amoureux
du blond Dieu des vers, J’oublis
l’ennuis & l’univers, Dès
qu’il m’inspire quelques rimes. Là,
tantôt dans le fond du Bois Aussi
tendre que Philomelle, J’y
gémis Abé quelquefois Dans
le goût de la Tourterelle ; Ne
croit point que ces doux soupirs Ont
pour objet une Climene, Non,
l’inconstant Dieu des désirs, Ne
me couta jamais de peine :
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|
(5)
Si
j’y forme quelques regrets, C’est
que ma bonne ame attendrie Se
rapelle les doux attraits De
Douay ma chere Patrie ; Pour
cette Ville, plein d’amour, Je
me dit cent fois dans le jour, Bords
de la Scarpe, aimables Plaines, Quand
près, des tiges de vos faines, Me
verai-je enfin de retour ; Quand
près, de vos claires Fontaines A
l’ombre des Ormes & des Chênes, Viendrai-je
fixer mon séjour. Vous
Bois ! Belgique, Bois sauvage ; Ne
me ventez pas vos plaisirs, Pouvez-vous ?
Quéter mon hommage, Quand
vous irritez mes désirs : Si
mon cœur chez-vous vit des charmes, C’est
que dans ses languissans vœux, Vos
ombres ont caché ses larmes ; Vos
échos, l’on plaint malheureux.
C’est ainsi, que je ramene Vers
les objets de mes soupirs ; Par
là je divertis ma peine, En
occupant mes déplaisirs : Tel
fait toujours un amant sage ; Par
la pensée il se soulage Et
coule assés subitement Les
rigueurs de l’éloignement ; comme
lui flattant l’esperance, Je
parois hater le moment, Où
sortis enfin de l’absence, Je
pourrai jouir surement Des
doux charmes de ta présence. Là
dans des jeux toujours nouveaux, Plein
d’une Poëtique yvresse, Nous
redirons les beaux défauts De
notre badine jeunesse,
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(6)
Quand
Etourdis à l’Unison Nous
allions sous d’heureux Angures Dans
le Chitérique Horizon, Folatrer
chez quelques Coëffures ; Des
Dieux plus charmans que l’amour Y
conduisoient notre tendresse, L’indolent
Dieu de la paresse, Le
badin Dieu de la finesse, Y
pensoient, jouoient tour à tour. Là
dans ces parties agréables, Deux
Nimphes belles & adorables, Y
badinoient notre raison ; Et
nous usant de réciproque, Pour
orner ce commun Coloque, Nous
faisions sur un riant ton A
. .
. . .
. .
la Mijaurée, A
sa Cadette la sucrée, En
trois Points comme le Sermon, Une
rude mercuriale ; Où
le ruban & le pompon Faisoit
le fond de la morale. Tantôt
couché nonchalament Au
pied d’une tendre bergere, Joignant
au plaisir l’enjouëment, Sur
la Flûte douce & legere On
y chantoit les agrémens, Les
petits soins, les tendres graces, Que
l’amour mene sur ses traces Ecortez
des égaremens. C’est
ainsi, que nos cœurs folatres Des
tendres jeux seuls idolâtres, S’exemtoient
des vaines ardeurs, Et
ne sentoient point les allarmes, Les
soupirs, & les tristes charmes, Et
tous l’attirail des rigueurs ; Dont
l’amour vente les douceurs. Mais
ou voltige ? ma mémoire, Je
voulois t’apprendre un Histoire,
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(7)
Et
je ne fais que t’amuser ; Excuse
amis, j’aime à causer : Pardonne
aussi, si je m’égare, Tu
connoit bien l’esprit bizare D’Appollon,
& de son mêtier, Tu
sçais, que sur le beau permeffe, L’esprit
est par fois singulier Et
qu’on prend souvent dans l’ivresse, Le
faux écart, pour vrai sentier.
Ces jours passés, dans un Grimoire Qui
sentoit fort son vieu bouquin J’ai
vû écrit, ( même en Latin ) Du
Géan la Burlesque Histoire. Pour
te dilater un moment, Je
vas la tracer en rimant.
Tous le cours de cette Riviere Dont
notre Ville est l’ornement, N’étoit,
dit-on antiquement Rien,
que la Forêt Pousiniere. (a) Dans
ce séjour triste & affreux, Un
Peuple inconnu, & Sauvage, Paroissoit
n’avoir d’Apanage Que
celui d’être malheureux. Chacun,
retiré dans sa hutte Tapissois
dans l’obscurité, Ne
differant rien de la brutte
(a)
Ce Pays-ci, n’étoit pas la Forêt Charbonniere ; comme l’a
prétendu 1 Auteur de la premiere Origine; ce qu’on
appelloit proprement, Forêt Charbonniere, étoit Mons & son
étenduë jusqu’a Louvain. On voit encore un Canton dans le Bois de
Soygnes, que les Habitans apellent Canton Charbonnier, Ce Pays-ci en
Latin étoit Silva Pullaria, eu
Forêt Pousiniere. Parce qu’il y avoir sept Forêts qui formoient un
coup d’œil comme les Pleyades, & voila pourquoi les anciens
Auteurs lui ont donné le nom de cette constellation.
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(8)
Que
de l’air de l’humanité. Tel
étoit Abé, l’ignorance Pour
mieux parler, l’inconnoissance Où
vivoit nos tristes ayeux ; Quand
l’amour, jointe à la prudence, Vint
rafiner ces sombres lieux. Un
jour, dit-on, par avanture Un
Gaulois passant la Forêt, Vit
dans le fond d’une antre obscure De
la triste humaine nature Un
pauvre malheureux objet : Sur
cette legere apparence, Piqué
de curiosité, Le
Gaulois lentement s’avance Pour
sçavoir la réalité De
cette sombre vérité. Mais
à l’instant comme une éclaire Cette
figure octogénaire Se
sauve dans l’obscurité. C’étoit,
dit l’Histoire, une vielle [sic] Très-hideuse
& seche femelle, Qui
cuisinoit ( a ) là quelques glands Aparamment,
pour ces enfans. Le
Gaulois remis de sa crainte, Ou
rafermi par le danger, Alla
sans se décourager Visiter
route cette enceinte : Mais
quel fut ! son étonnement, Quand
il vit ce Peuple sauvage, Dans
un si funeste équipage Et
fi peu de raisonnement ; A
son aspect , tous prend la fuite, Tous
dans le Bois, est en frayeur, Tel
qu’à l’approche du chasseur, Le
Lievre vole de son gitte.
A cette panique terreur,
(a) Cuisinoit, ce terme est mis pour une raison
badine.
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(9)
Cher
Abé, l’on reconnoit l’homme, Une
vetile, un vain fantôme, Une
illusion, lui fait peut. Dans
ces chétives fariboles, D’honneur,
de rang, de dignité, Pompeuses
& postiges idoles, Ouvrage
de l’humanité, Bercé
de son incertitude, Languissant
dans l’inquiétude, On
le voit, du soir au matin Chercher
un bonheur incertain : Si
dans sa recherche pénible, Il
vouloit le rendre flexible Aux
doctes accens de la raison. Qui
vas lui faire une leçon. Rien
chez-toi, certain que la crainte, Rien
de fixé, que le malheur : Si
tu crois tenir le bonheur, Tu
ne le retient qu’en emprinte, Encore
le tems te l’obscurcis, Le
premier vent l’évanouit, Pourquoi :
pour ces pompeux fantômes, Brillant
assemblages d’atomes, Humain,
troublez nos repos, Restons
toujours ce que nous sommes, Ecartons
de nous les travaux, Nous
verrons envolés les maux ; Abolisons
l’or, la richesse, Les
titres vains de la noblesse, La
haute magnanimité Que
la triste humaine foiblesse Respecte
par calamité ; Faites
à ces bruiants appanages, Succeder
les doux avantages De
la vertu, de l’équité, Que
toujours chez-vous la sagesse, Marquée
au sceau de l’allegresse, Compose
votre dignité ;
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(10)
Vous
verés bientôt l’innocence Ramener
chez-vous l’abondance, L’aimable
paix, les tendres jeux, Et
tous les charmes de l’enfance D’un
monde, jadis si heureux : Vous
y vérés l’indépendance, Compagne
de l’egalité : Unir
l’homme en société, Sous
le Drapeau de l’assurance. Mais
tréve ici ! pour la raison, Dans
ce colificet d’ouvrage Enfant
né, d’un doux badinage, Elle
y paroit hors de saison ; Reprenons
la narration. Soit,
aux accords de l’éloquence, Soit,
aux charmes de sa prudence, Durcel
(a) vint pour le resultat Souverain
de ce sombre état : D’abord,
ce Gaulois homme sage, A
l’exemple des prudens Rois, Construit
à ce Peuple sauvage Des
arrangements & des Loix : Mais
c’étoit peu de la prudence, Il
falloit une autre science Pour
humaniser nos ayeux Et
l’amour gardoit aux beaux yeux La
gloire d’ôter l’ignorance.
Par un effet charmant du sort, Une
beauté, jeune & Sauvage, Vint
contre l’ordinaire usage Dans
ce bois fuir le transport Du
vieil amant trop téméraire, Qui
cherchoit dit-on à lui plaire ; Comme
sur les rives d’argos, Amymone
jeune Princesse
(a) Nom du Gaulois.
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(11)
Fuioit
d’un faune la tendresse, Et
les insipides propos. Nouvellement
sur cette rive, Notre
aimable & jeune craintive Fut
vuë enfin, par un chasseur, Qui,
voyant filliette si belle, Courut
aussi-tôt en chaleur Au
Bois en porter la nouvelle. Le
Portrait de cette Lays Catoulia
les gens du Pays ; D’abord,
on commence à s’ébattre, (a) A
rigoler, le Diable à quatre, On
auroit dit des Loup-Garoux Courant
çà là comme des foux, Et
là cherchant à toute outrance Ils
hurloient, disant en cadence Alés
droci, alés drolà, Alés
parci, alés parlà ; Jamais,
sous leur sombre retraite Il
n’avoient vû rien de si beau, Car,
peu friand en amourette, Un
colificet de grisette Etoit
pour eux un bon morceau. Leur
souverain, surpris d’entendre Ces
turbulens charivaris, Voulu,
dès le moment apprendre Ce
qui causoit ces nouveaux cris : A
peine eut-il appris l’Histoire, Qu’il
fermenta, dit mon Grimoire D’un
gros mot terminé en Art Qui
signifioit la Cizelure Ou
si vous voulez la Tonsure, Qu’on
fit Jadis sur Abelard ; Comment
après, Maroufles infames : Voilà ?
Certes un beau Carillon, Déjà,
dégoutés de vos femmes,
(a) Termes de Rousseau critiqués dans Voltaire.
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(12)
Vous
courés ! Dont le Cottillon ; Sortés !
Coquins de ma présence Et
craigniés ! ma juste fureur, Car
si j’écoutois ma chaleur On
vous rosseroit d’importance. Nos
sombres ayeux hebays, A
ce colérique langage, Ou
intimidés du présage Gagnerent
au plutôt le Pays. Durcel,
dit-on, rit en soi-méme De
leur peur, & du stratagême. Mais,
n’en déplaise au Souverain, Son
procédé n’est pas louable, Leur
cas, n’étoit pas si vilain Par
conséquent peu punissable ; Pourquoi ;
dans ce Peuple hébété, Vouloir
si grande chastété ; Qu’on
ne voit que par fois aux Moines Et
par hazard, chez les Chanoines ; Ce
n’étoit pas en vérité, Raisoner
selon l’équité, Le
cas étant inexigible, C’étoit
requérir l’impossible : Mais,
vous allés voir au moment Qu’on
chante toujours autrement, Quand
le cœur, nous deviens sensible.
Ce fut alors, qu’un Dieu fripon Qui
fit jadis quitter la guimpe A
la Bigotte . . .
. .
. .
. Quittant
le nectar & l’olimpe, Vint
descendre dans ce canton Pour
jouer tour de sa facon. Comment ?
Disoit ce Dieu du tendre, Ce
Gaulois veut me badiner, Un
moment, je vas lui apprendre Qu’avec
l’amour il faut se rendre Et ne jamais trop chicaner.
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(13)
Hola ?
Dit-il belle Brigande En
amourette un peu friande, Ne
battés plus tant la Forêt, On
vient remplir votre souhait ; Il
est, un mortel insensible, Qui
veut échapper à mes feux, Allés !
me le rendre flexible, Gagnele
à l’Empire amoureux ; N’apprehendés
pas la fatigue, Il
n’est pour vous aucun danger, Je
sçaurois conduire l’intrigue Et
s’il est bésoin vous vanger : En
le voyant prenés la fuite, Paroissés
avoir de la peur, Faites
la chose avec honneur Comme
fit jadis amphitrite : Car,
en ce Siécle corrompu S’il
n’est plus tendron de vertu, Et
s’il faut que votre sagesse Echoit
au Port de la tendresse Il
faut belle à l’exterieur Affecter
un peu de pudeur, Et
paroître autres que nous sommes, Pour
tromper ces animaux d’hommes. Prise,
de cette instruction Digne
de l’amoureuse école, Crainte
d’en faire omission, La
fille à l’instant coure & vole Vers
un certain endroit du Bois, Où
Durcel revoit ces explois, A
cette vuë, il sent dans l’ame Des
mouvemens, des ambaras, Qui
ressentoient fort de la flamme, Que
son cœur ne connoissoit pas : Mais,
il vit bientôt le mistere, Quand
le divin Dieu de cithere Lui
décocha, tout droit au cœur Un
trait amoureux, mais vainqueur. Durcel
plein d’un feu qu’il l’enchante
|
(14)
Suis
d’une course violante L’objet
qui voyoit échaper, En
lui criant, belle inhumaine ? On
ne veut point vous faire peine Et
même encor moins vous tromper ; Mais
la fille, par trop farouche, Piquée,
on ne sçait de quel mouche, Songeant
peut-être à son barbon, N’écoutoit
point ce doux jargon ; On
ignore, où vient ce caprice, Car
la fille étoit bien apprise, Mais,
dans un pareil embaras On
prend souvent un chien pour un chat. Cependant,
il fallut se rendre, Car
on étoit & tout de bon Au
point marqué. Par la Chanson Qu’il
faut donner, ou laisser prendre ; Rappellant
alors sa leçon, La
belle fit quelques grimaces, Poussa
le soupir, le helas, Coutûmes,
ordinaires préfaces, Qu’on
fait dans l’amoureux débat ; Qui
ne rend que plus téméraire L’objet
touché, qui sçait leur plaire. Durcel
chez qui les complimens, Les
long discours, les armumens, N’avoient
jamais eut de puissance, Qui
cherchoit plus les sentimens Et
la finale consequence Que
de tatonner l’évidence, Sans
tant amuser le tapis, Par
un monceau de vains recits, Coupant
broce à la resistance, Lui
dit, d’une vive éloquence. Pourquoi ?
Tendron tant grimacer, Laissés
ardiment le mistere, Quand
on est proche de cithere, Il
n’est plus tems de balancer.
|
|
(15)
Par
sa harangue satinée La
filliette déterminée, Prenant
congé du celibat, Fit
à l’instant un doux contract Qui
fut passé sous cheminée. (a) Durcel,
au Dieu tendre & puissant Redevable
de sa conquête, Par
un retour reconnoissant, Prétendit
fonder une Fête Mais,
il vouloit dit-on avant En
mémoire de sa Poulette, Dresser
un pompeu monument : Mais
à son Peuple prudemment, Le
Gaulois en fit la Requête, Venés,
dit-il ? Mes chers enfans Objets
permis, de ma tendresse Venés,
joindre vos doux accens, Aux
accords de mon allegresse Peuple !
à ce Tendron si charmant, A
son petit derangement Vous
pénétrés assés l’Histoire : Il
faut donc, ici, s’il vous plait, Pour
seconder mon doux souhait, Sur
ce même champ de victoire. Bâtir
une Ville à sa gloire ; Où
tous les ans, en pareil jour, Vous
dresserés une figure, D’une
assés haute structure Pour
commemorer mon amour, Ce
monument, ou cette piéce, Sera
Peuple, un signe pour vous, Du
charmant Dieu de la tendresse Dont
je viens de prouver les coups,
(a) On ne doit point se recrier sur la Chutte de
cette Fille ; il est dans la vie, des momens critiques ou le pied
nous glisse : qu’on se resouvienne de ce refrain de chanson. Il m’en pent tout autant à l’oreille.
|
(16)
Révérés,
toujours sa puissance Car
Douay, lui doit sa naissance Et
pour vous y contraindre tous Tenés ?
Publié l’Ordonnace, Dans
tous les coins de nos Forêts, Aux
doux accords de vos filets. L’erreur,
après le badinage, Ont
mis, la figure en ménage Et
de ce couple si charmans Il
est sortis trois enfans. Tel
est, la galante Origine, De
la gigantesque machine, Qu’on
voit sautalier tous les ans. Ne
la prend point, pour une Fable Le
fait est sûr & véritable, Crois-moi,
cher Abé tout de bon, Je
n’y ai mis, qne [sic] la
façon.
FIN.
|
[Texte
original daté de 1743, d’après J. Fouilleron.]
Extrait
de :
La Vraie origine
/ DU GEAN DE DOUAY, / en vers franC˛ois.
/ Suivie d’un Discours sur la Beau- / té, où l’on fait mention des Bel-
/ les de cette Ville. / PAR MONSIEUR..........
Publication
S.l. s.n. [1743,
Douai, imp. Jean-François Leclercq]
Description
In-8°, 55 p.
Contenu
- Avis de l'éditeur
- L'origine du gean de Douay
- Présentation du Discours
- Introduction au Discours sur la Beauté
- Discours sur la Beauté: - Première partie, - Seconde partie
- Ordonnance et Privilège de l'Ordre de la Fontange
Note
Date et
imprimeur selon J. Fouilleron, article « Un Douaisien du XVIIIe siècle,
Henri-Joseph Laurent (1719-1797) », Revue des Amis de Douai,
n°2, Douai, avril-mai-Juin 1962.
Un
exemplaire de cette édition figure à la Bnf
( Cote :
RES-Y2-3618, Tolbiac - Rez-de-jardin – Magasin. Non-reproductible )
Un
exemplaire de cette édition figure aux Archives Départementales du Nord
(Lille)
( Cote :
Fonds
d’archives du parlement de Douai : 8 B 26195. Reproductible )
2003-2006
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