Requête au Sénat de Francfort, par Henri-Hoseph Dulaurens (1743)

 

 

Reproduction S.P. 2005

 

 

Requête au Sénat de Francfort

 

 

par l’abbé H.-J. Laurent

(1766)

 

 

Reproduction d’après une lettre manuscrite d’époque.


Dulaurens, accusé d’avoir écrit et publié Imirce et La Chandelle d’Arras, a été détenu à la prison civile de Francfort durant onze mois à partir du 31 décembre 1765, date de son arrestation. Dès le début de son incarcération, il tente de se disculper et obtient de nombreuses aides extérieures mais il demande également à être traduit devant un tribunal ecclésiastique. Fin avril ou début mars 1766, alors que son écriture épistolaire surprend par des tournures parfois incohérentes, il réitère sa demande par lettre adressée « À Leurs Excellences Messeigneurs Les Bourguemaitres du Senat libre & Imperiale de Francfort ». À ce moment-là, Dulaurens aurait présenté ses premiers signes de déséquilibre mental.


   

 

LETTRE DE DULAURENS

Au Sénat de Francfort, le 20 mars 1766

À Leurs Excellences

Messeigneurs Les Bourguemai-

tres du Senat libre & Imperiale

de

Francfort

Ff. den 20. mart ; 1766.

On écoute, mais on n’entend pas toujours bien. Voici de quoi il a été question. Étonné et troublé de propos continuels voiant qu’il étoit question d’un livre qui avoit occasionné des desordres je fus affligé ; je marquois une douleur vive de ces accidents, que les propos m’occasionnoient. Arrêté pour un livre qui me perdoit le repos je dis que j’avois fait un livre, mais quel livre entendoit-on ? que n’étant à un Tribunal competant j’etois obligé de defendre le terrain, comme un soldat, qui combat, que j’etois fort touché des inquiétudes, que cela donnoit que mon cœur en étoit penetré et que s’il me falloit être sacrifié à la vengeance d’un tribunal competant, j’irois comme l’agneau chez le boucher, de plus j’ai dit le peuple par son discours me fait entendre, que les miens en ont souffert. Je me suis peint de tableau fortement dans l’imagination. On s’appuira en vain en me faisant parler autrement n’ayant point de commerce au dehors. Je ne sais les choses que par ricochet, en ayant appellé à Mayence mon tribunal legitime, ou Arras, je nommerai le livre que j’ai fait, et selon les loix je ne puis être jugé qu’à tribunal ecclesiastique. Cela a toujours fait jusqu’ici le sujet de nos contestations. On peut agir de rigueur, on peut avoir de mémoires, je suis le seul qui sait d’où cela part, je ne fais point de difficulté de l’avouer, ou je dois le faire.

Laurent

 

 

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[Lettre écrite par un copiste, datée du 20 mars 1766]

Notre texte : selon la copie conservée parmi les pièces du procès de Mayence (Dom und Diözesanarchiv Mainz, Alte Kästen Nr. K 47/47, Akte 29).

Cette pièce est reproduite par Kurt Schnelle dans sa thèse intitulée Aufklärung und klerikale Reaktion ; Der Prozeβ gegen den Abbé Henri-Joseph Laurens. Ein Beitrag zur deutschen und französischen Aufklärung, Berlin, Rütten & Loening, 1963, 422 p. [“Lumières et réaction cléricale ; le procès contre l’Abbé Henri-Joseph Laurens; un épisode des Lumières allemandes et françaises”] (note 96 p. 263). Schnelle mentionne au 20 mars la rédaction de ce courrier (idem, p. 101-102) mais il ne se fie qu’à une date de recopie faite par un greffier. La date de rédaction ne figurant pas sur la pièce numérotée Akte n° 29 du procès de Mayence, cette lettre a probablement été rédigée par Dulaurens dans les trois semaines qui ont précédé la recopie par le greffier, selon les décalages de dates qui figurent sur d’autres pièces reproduites par le même greffier.

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